08/03/2007

LE COMBAT SPIRITUEL

 CHAPITRE XXXVI : Que l’exercice de la vertu exige une application constante !

 
Une condition importante, indispensable même, pour parvenir au but que nous poursuivons, je veux dire l’acquisition des vertus, c’est la persévérance à marcher en avant. S’arrêter, c’est reculer !

En effet dès que nous cessons de nous appliquer à la pratique des vertus, la violence de notre inclination aux plaisirs des sens, jointe aux sollicitations qui nous viennent du dehors, donne nécessairement naissance à beaucoup de passions désordonnées qui détruisent ou affaiblissent les habitudes des vertus. En outre ce manque d’application nous prive des grâces nombreuses que Dieu accorde à ceux qui marchent courageusement dans le chemin de la perfection.

C’est la différence qui existe entre ce chemin et les chemins ordinaires. Dans ces derniers, en effet, le voyageur, en s’arrêtant, ne perd rien de la distance parcourue, tandis que dans le premier il perd énormément de terrain.

Une différence encore, c’est que dans les routes ordinaires la lassitude s’accroît en proportion du chemin que l’on fait, tandis que dans le chemin de la vertu, les forces augmentent à mesure que l’on avance.

La raison en est que l’exercice des vertus affaiblit la partie inférieure dont la résistance augmente la difficulté et les fatigues du chemin, et qu’il affermit et fortifie de plus en plus la partie supérieure où la vertu réside.

Ainsi, à mesure qu’on avance dans la voie de la perfection, la peine qu’on y éprouve diminue de plus en plus, et la joie secrète que Dieu mêle à cette peine s’accroît sans cesse. Le chrétien marchant ainsi de vertu en vertu, avec une facilité et une joie toujours croissantes, finit par arriver au sommet de la montagne, et à cet état de perfection qui permet à l’âme de se livrer aux aspirations spirituelles, non seulement sans dégoût, mais avec un plaisir ineffable, parce qu’ayant vaincu et dompté les passions déréglées et s’étant mise au-dessus de toutes les choses créées, elle vit au sein de Dieu, et goûte, parmi des labeurs sans trêve, les délices d’un repos inaltérable.
 

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