15/06/2007

16 QUESTIONS SUR LE MAL

 ARTICLE 8 : LES PREMIERS MOUVEMENTS SONT-ILS DES PÉCHÉS VÉNIELS CHEZ LES INFIDÈLES ?

Objections :


Il semble que non.

1. Saint Anselme dit en effet dans la Grâce et le Libre Arbitre (Question III, ch. 7): "Ceux qui ne sont pas dans le Christ Jésus et sentent la chair, encourent la dam nation, même s'ils ne marchent pas selon la chair". Or sentir la chair et ne pas marcher selon la chair constitue le premier mouvement de concupiscence. Donc comme seul le péché mortel mérite la damnation, il semble que les premiers mouvements de concupiscence chez les infidèles, qui ne sont pas dans le Christ Jésus, ne sont pas péchés véniels mais mortels.

2. En outre, l'Apôtre dit dans l'Épître aux Romains: "En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas" (7, 15), c'est-à-dire ne pas convoiter; et il conclut que cela n'est pas condamnable chez lui s'il ne marche pas selon la chair, pour cette raison précise qu'il est dans le Christ Jésus, puisqu'il dit: "Il n'y a donc aucune condamnation" à savoir du fait de convoiter, "pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, qui ne marchent pas selon la chair". Or la cause enlevée, l'effet l'est aussi. Donc convoiter, pour ceux qui ne sont pas dans le Christ Jésus, est condamnable.

3. En outre, ainsi que le dit saint Anselme dans le même livre, l'homme a été fait de telle façon qu'il ne devait pas sentir la concupiscence. Or il semble que cette dette (par rapport à la concupiscence) a été levée pour l'homme par la grâce baptismale, que les infidèles n'ont pas. Donc chaque fois qu'un infidèle convoite, même s'il n'y consent pas, il agit contre son devoir, donc il pèche mortellement.

Cependant :

Dans l'acte du péché, toutes choses égales d'ailleurs, le chrétien pèche plus que l'infidèle, comme cela ressort de ce que dit l'Apôtre dans l'Épître aux Hébreux: "D'un châtiment combien plus grave sera jugé digne, ne pensez vous pas, celui qui aura foulé aux pieds le Christ, et tenu pour profane le sang de l'Alliance ?" (10, 29). Or le chrétien qui convoite ne pèche pas mortellement s'il ne consent pas. Donc bien moins encore l'infidèle.

Réponse :

Certains ont avancé que chez l'infidèle, même les premiers mouvements de concupiscence étaient des péchés mortels. Mais cela n'est pas possible. Le mouvement de sensualité, en effet, peut être considéré de deux manières: d'une première manière, tel qu'il est en lui-même; et sous cet aspect, il est évident qu'il ne peut pas être péché mortel, qui est l'aversion de la fin dernière et le mépris d'un précepte de Dieu; or la sensualité n'est pas capable de recevoir un précepte divin, et ne peut pas atteindre la fin dernière: aussi son mouvement, considéré en lui-même, ne peut-il absolument pas être péché mortel. D'une autre manière, on peut l'envisager dans son principe, qui est le péché originel; et sous cet aspect, il ne peut pas avoir davantage raison de péché que le péché originel, parce que l'effet en tant que tel ne peut être supérieur à sa cause; or le péché originel existe bien chez l'infidèle et comme faute et comme peine, mais chez le fidèle, si la peine demeure, la faute est enlevée, comme on l'a dit plus haut en traitant du péché originel.

Et à cause de cela, le mouvement de sensualité chez les fidèles est bien un péché véniel, en tant qu'il est un acte personnel, mais en tant qu'il vient du péché originel, il ne relève pas d'une condamnation pour une faute, mais seulement d'une punition; chez l'infidèle, il est de même un péché véniel en tant qu'acte personnel, mais en tant qu'il dérive du péché originel il possède un élément de condamnation coupable, non certes comme péché mortel actuel, mais en raison de la condamnation qui revient au péché originel.

Solutions des objections :

1. Ceux qui ne sont pas dans le Christ Jésus et sentent la chair encourent la condamnation due au péché originel, mais non celle due au péché mortel.

2. L'Apôtre a l'intention de conclure, en disant: "Il n'y a donc pas de condamnation...", que la révolte du foyer de concupiscence se trouve sans la condamnation due au péché originel chez ceux qui sont dans le Christ Jésus. On peut tenir par là que chez ceux qui n'ont pas obtenu la grâce du Christ Jésus, le foyer de péché existe avec la faute originelle.

3. Ce devoir de ne pas sentir la chair, c'est l'obligation de posséder la justice originelle; il suit de là que celui qui ne la possède pas, ou quelque chose d'équivalent, comme la grâce baptismale, a le péché originel, sans qu'il y ait pourtant dans chacun de ses mouvements un péché mortel.
 
 

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