
Volontarisme. Mépris du train-train médiocre, où l’on ne risque ni ne gagne trop. Passion de l’émotion, du danger, de la lutte. Personnalité, initiative, imagination, clairvoyance d’une âme rapace. Esprit d’aventure et esprit de corps. Tempérament gascon dans les faits plus que dans les mots. Romantisme sur fond très noir, sur quoi se découpent des musculatures d’acrobate. Intellectualité assoiffée de gloire, générosité capable d’une esthétique raffinée. Mafia insolente de la valeur consciente d’elle-même. Fusion parfaite pensée-beauté-action. Elégance d’un geste primitif, infantile, venant aussitôt après un geste d’héroïsme invraisemblable. Tous les élans, toutes les violences, tous les emportements dont déborde l’âme italienne. Aristocratie de caractère, de muscles, de foi, de courage, de sang, de cerveau. Patriciens descendus de cheval, aviateurs descendus de leurs avions, intellectuels sortis de leurs idéologies, raffinés fuyant les salons, mystiques dégoûtés des églises, étudiants avides de vie, et jeunesse, jeunesse, qui veut tout conquérir ou tout perdre, qui veut donner avec plénitude, avec santé, avec énergie ses dix-neuf années généreuses et amoureuses de l’Italie, de toutes les belles choses de l’Italie, de la belle terre, des belles femmes, des belles villes d’Italie, de l’avenir qu’ils devinent merveilleux.
Mario Carli, Roma futurista, semaine du 5 au 12 janvier 1919.
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